L’accompagnement des personnes aveugles et malvoyantes, un enjeu majeur et incompris.

Voici une lettre cosignée par le Regroupement des aveugles et amblyopes du Québec, l’Association sportive des aveugles du Québec – ASAQ, l’ AQPEHV, la Fondation des Aveugles du Québec et la Fondation INCA qui a été envoyé au docteur Arruda concernant l’accompagnement des personnes ayant des limitations visuelles :

Le 20 mai 2020

Docteur Horacio Arruda
Directeur national de la santé publique et sous-ministre adjoint
Ministère de la Santé et des Services sociaux

Objet : L’accompagnement des personnes aveugles et malvoyantes, un enjeu majeur et incompris.

Monsieur le Directeur national de la santé publique et sous-ministre adjoint,

Le 4 mai dernier, le Regroupement des aveugles et amblyopes du Québec (RAAQ) a diffusé le communiqué de presse « Pour les personnes aveugles ou malvoyantes, se faire accompagner n’est pas un crime ». Ce communiqué demande entre autres choses que le gouvernement du Québec envoie un message clair et sans équivoque : les personnes ayant des limitations visuelles ont le droit de se faire accompagner et ne peuvent être réprimandées pour cela. La communauté a senti le besoin de faire cette communication parce que la situation actuelle n’est pas claire. Dans les décrets déclarant l’état d’urgence sanitaire, il est indiqué qu’une personne qui reçoit d’une autre personne un service ou son soutien est exclue de l’interdiction de rassemblement extérieur. Pour nos associations, cette affirmation permet clairement l’accompagnement. Cependant, sur la page Web gouvernemental « Questions et réponses sur les événements et les activités touristiques dans le contexte de la COVID-19 », il est possible de lire que les consignes sanitaires permettent l’accompagnement uniquement par une personne habitant sous le même toit. Cette consigne, qui est contraire à ce que l’on peut lire dans les décrets, condamnerait les personnes en situation de handicap visuel qui n’habite pas avec une personne en mesure de les guider à ne pas se faire accompagner.

Tous les jours, le Regroupement des aveugles et amblyopes du Québec (RAAQ), l’Association sportive des aveugles du Québec (ASAQ), l’Association québécoise des parents d’enfants handicapées visuelles (AQPEHV), la Fondation des aveugles du Québec (FAQ) et la Fondation INCA reçoivent des appels de personnes aveugles et malvoyantes inquiètent qui se sont fait refuser le droit à un accompagnateur dans un supermarché, qui ne veulent pas sortir marcher par peur de se faire verbaliser par un policier et qui s’isolent. Malheureusement, sur les nombreux corps policiers que nous avons contactés, un seul a été en mesure de nous indiquer que le soutien offert par l’accompagnement était exclu de l’interdiction de rassemblement extérieur.
La reprise des activités sportives individuelles inquiète aussi beaucoup. En effet, les personnes handicapées visuelles, comme les autres, ont le droit de pratiquer le jogging, le vélo ou autre. Cependant, pour le faire, elles doivent être accompagnées. Pensons aussi aux jeunes en situation de handicap visuel qui fréquenteront des camps de jour cet été. Comment penser que ces enfants seront encadrés adéquatement sans un accompagnateur?

Monsieur Arruda, il est primordial qu’à l’instar de la docteure Jennifer Russel, médecin-hygiéniste en chef du Nouveau-Brunswick qui a annoncé que les accompagnateurs sont des travailleurs essentiels exclus des protocoles de distanciation sociale, vous clarifiiez la situation au Québec. Il est important que vous annonciez publiquement que l’accompagnement est un travail essentiel exclu des protocoles de distanciations sociales. Plusieurs choses doivent aussi être faites en amont de cette annonce pour s’assurer que l’accompagnement se fasse de façon adéquate :

• Les services d’accompagnement bénévole doivent être considérés comme des services essentiels.
• Une procédure présentant les pratiques sécuritaires à adopter pour guider une personne en situation de handicap visuel en période de pandémie doit être élaborée et approuvée par la direction nationale de la Santé publique.
• Des ressources doivent être données aux organismes communautaires offrant de l’accompagnement pour qu’ils puissent se procurer le matériel de protection approprié.

Rappelons que le gouvernement du Québec a la responsabilité de s’assurer que les personnes ayant des limitations visuelles puissent se déplacer de manière sécuritaire. Clarifier la situation pour les personnes ayant besoin d’accompagnement est donc une priorité. Comme c’est un enjeu qui peut être complexe, n’hésitez pas à nous contacter. Nos organisations seront là pour vous offrir du support.

Veuillez agréer, Docteur Arruda, de nos sentiments les plus distingués.

Signature de Francine David

Francine David
Présidente
Regroupement des aveugles et amblyopes du Québec (RAAQ)

Signature Josué Coudé

Josué Coudé
Président
Association sportive des aveugles du Québec (ASAQ)

Signature Guy Gingras

Guy Gingras
Président
Association québécoise des parents d’enfants handicapées visuelles (AQPEHV)

Signature Ronald Beauregard

Ronald Beauregard
Directeur général
Fondation des Aveugles du Québec

Signature David Demers

David Demers
Directeur général
INCA Québec