TRUDEAU, NICOLE, ou Une iréductible détermination

Portrait de Nicole Trudeau. 2014

« Les sens, pour qu’ils ne s’enlisent pas dans la nuit, doivent être conviés sans cesse à goûter les merveilles que la terre offre à qui sait les trouver »

(Cécile Douard).

Nous sommes en 1942. Pendant que se poursuit à l’étranger la Deuxième Guerre mondiale et que le libéral Adélard Godbout tient les rênes du pouvoir à Québec, Nicole Trudeau, elle, naît le 9 novembre à Saint-Lambert, sur la Rive-Sud de Montréal. Deuxième de quatre enfants, elle marche à peine que sa mère note chez elle un problème de vision : elle a du mal à trouver des sous noirs tombés sur le plancher. Après consultation, le diagnostic est sans appel : rétinite pigmentaire ou, plus concrètement, malformation du nerf optique.

Très curieuse et parfois téméraire, Nicole va vivre jusqu’à 5 ans une enfance tout à fait normale, au sein de sa famille, avec ses deux frères. Il n’est pas question de s’interdire quoi que ce soit sous prétexte que ses yeux sont atteints d’une affection dégénérative.

« Je la vois encore, écrira son frère Serge, chausser d’énormes patins à roulettes, puis se lancer en titubant et criant sa victoire sur sa peur, organiser avec assurance toutes sortes d’activités avec ses petites voisines, revendiquer avec nous son droit de participer aux jeux normalement réservés aux garçons. »

À la maison, le handicap n’est pas un sujet de conversation quotidien. D’ailleurs, Nicole elle-même n’y pense pas. Le père, poète dans l’âme et fin observateur, raconte à sa fille tout ce qu’il voit et lui transmet cette faculté d’émerveillement dont elle lui sera toujours reconnaissante. La mère laisse libre cours aux enthousiasmes et initiatives innombrables de sa fille et les soutient avec disponibilité et générosité. De tels parents, écrira Nicole, ont été un cadeau de la vie.

De la famille au pensionnat

Septembre 1948 marque la grande fracture affective et inconsciente : l’entrée au pensionnat pour une durée d’environ quinze ans, parce que fréquenter une école régulière de proximité est impossible à l’époque pour les enfants malvoyants.

Accordant une importance prioritaire à l’instruction, les parents acceptent de s’éloigner quotidiennement de leur fille, mais seront toujours très présents dans le cadre des conditions de l’époque. C’est donc à l’Institut Nazareth, situé au 1460 du Chemin de la Côte-Saint-Michel à Montréal (aujourd’hui boulevard Crémazie), que Nicole entreprend sa longue scolarisation.

C’est la seule école au Québec qui reçoit les enfants non-voyants et malvoyants et leur donne accès au parcours scolaire en les initiant à la lecture et à l’écriture en braille. L’Institut est dirigé par les Sœurs Grises. Les activités scolaires et parascolaires sont nombreuses, mais la vie dans la cité est à peu près inexistante. Même si les parents n’habitent pas très loin, les élèves ne retrouvent leur famille qu’à de rares moments tout au long de l’année.

Heureusement assoiffée de connaissances et de découvertes, cette petite fille s’investit totalement dans les études, la musique, le théâtre, le ballet, le sport, etc. « De mon réveil à mon coucher, j’étais en mouvement », dira-t-elle dans une entrevue. Inconsciemment, elle refusait sans doute de donner prise à l’ennui.

Époque oblige, la vie quotidienne à l’Institut est encadrée par des horaires et des règlements clairement établis. Les pensionnaires sont loin d’être surprotégés à l’intérieur des murs. Deux religieuses devant parfois veiller sept jours par semaine, du lever au coucher, sur quarante enfants, ces derniers sont donc fortement invités à être le plus autonomes possible et cela commence par les déplacements à l’intérieur même de la bâtisse. La règle d’or pour aller d’un étage à l’autre est de tenir sa droite dans les couloirs et les escaliers, et éviter ainsi les collisions. Pourquoi se déplacer de cette façon? Eh bien, parce que les élèves n’ont pas de canne blanche, ce qui les force à être à l’écoute de leur environnement lorsqu’ils vont ici et là.

Pour les religieuses, faire son lit, épousseter une rampe d’escalier ou laver un plancher, cela fait aussi partie de l’éducation des pensionnaires. Nicole aime cette vie active parce qu’elle ne comporte aucun temps mort et contribue à compenser le sentiment d’isolement et de rejet, de la famille d’abord, de la société ensuite.

Elle dit avoir apprécié ce trop long séjour au couvent parce qu’elle y a tant découvert avec gourmandise, surtout la musique qui a été la grande passion de sa vie. Compte tenu de l’époque, elle croit qu’elle n’aurait pu assouvir cette insatiable curiosité dans d’autres contextes. À l’Institut, les éducatrices croyaient au potentiel de leurs pensionnaires.

Adolescence

Vivre à Nazareth se révèle plus difficile à l’adolescence. Le milieu clos du pensionnat ne permet pas le développement de contacts au-delà du petit monde de la cécité et nourrit le sentiment d’exclusion et de rejet de l’univers des voyants. Au fil des années, le compagnonnage scolaire change fort peu. Les études constituent plus que jamais la bouée de sauvetage et Nicole s’y jette corps et âme. Avec le recul, elle s’estime chanceuse d’avoir été habitée d’une telle curiosité pour la connaissance, curiosité soutenue par la maîtrise du braille, outil privilégié d’alphabétisation.

Musique

Parallèlement à ses études élémentaires et secondaires, Nicole consacre plusieurs heures par jour à la formation musicale, théorique et instrumentale. Une fois son secondaire terminé, elle complète son programme de baccalauréat en musique, l’Institut Nazareth étant aussi une école de musique affiliée à l’Université de Montréal.

Du pensionnat à l’université

Son baccalauréat en musique ne lui suffisant pas, elle s’inscrit au programme de 2ième cycle en musique profane à la Faculté de musique de l’Université de Montréal. Et c’est là qu’elle se frotte durement à la réalité de ce qu’elle appelle « le vrai monde », celui des voyants, totalement indifférents et surtout ignorants de sa spécificité. Elle vit douloureusement les effets négatifs d’un long séjour au pensionnat où tout le monde est à l’aise avec le handicap de l’autre, ce qui n’est pas le cas à l’Université. S’accroît alors son sentiment de culpabilité d’être non-voyante. Il n’est pas toujours facile de naviguer entre persévérance et culpabilité, mais la première devait l’emporter sur la seconde. Nicole a tenu bon et a appris à revendiquer son droit d’être parmi les autres.

Canne blanche

Elle a un autre défi à relever : utiliser une canne blanche pour, entre autres, se rendre à l’Université. Or, il n’y a pas de formation à l’époque. On invente techniques et stratégies. On se concentre intensément. On stresse énormément et on apprend à demander de l’aide à l’occasion.

Nicole a tellement entendu son père dire : « Quand on veut, on peut ! », que cette phrase a été vécue comme un ordre. Elle a ressenti plus tard et de façon douloureuse que, si le vis-à-vis, l’employeur par exemple, ne veut pas lui non plus, l’épanouissement du projet est impossible. Si les mentalités n’évoluent pas, il n’y a pas de place pour le non-voyant….

« Depuis mon tout jeune âge, écrira-t-elle en 1986, je me suis sans cesse répété : Tu ne vois pas, mais tu ne vas pas attendre de recouvrer ce sens pour agir. Tu ne permettras pas que cet état de fait t’empêche d’aller où tu veux, de faire ce que tu désire1. »

De Montréal à Paris

En plus de faire ses études universitaires de 2ième cycle, Nicole continue d’étudier le piano avec madame Gilberte Martin. Elle consacre de nombreuses heures chaque jour au travail de cet instrument. Stimulée par ses professeurs, elle participe à des concours de piano et d’orgue et remporte plusieurs premiers prix. Un jour, madame Martin lui suggère d’aller poursuivre ses études musicales à Paris. Pour Nicole, cette proposition rejoint un rêve, jamais formulé, car elle a toujours eu la passion de l’Europe. Une fois de plus, la question du handicap ne se pose pas, c’est le « comment » qui seul importe. Pilotée et soutenue par madame Martin, elle obtient pour deux ans des bourses d’études du gouvernement du Québec.

En 1965, à 22 ans, elle part seule pour Paris où elle est inscrite à l’École normale supérieure de musique. Elle projette donc d’y étudier deux ans, mais elle y sera une année de plus grâce à une bourse du gouvernement français. Elle est reconnaissante envers ses parents, sûrement très inquiets, de n’avoir pas fait obstacle à cette aventure.

Vie d’étudiante à Paris

Logée dans ce qu’on appelait alors une « pension de famille », Nicole s’acclimate très difficilement à l’environnement et à la mentalité. À titre anecdotique, rappelons qu’il n’y avait pas de métro à Montréal en 1965, mais à Paris, oui, et Nicole doit l’apprivoiser seule. Il faut aussi rappeler qu’à Nazareth, tous les élèves travaillaient en braille. « À Paris, racontera Nicole, j’étais la seule à ne pouvoir jouer une œuvre avec la partition, je devais donc la mémoriser en un temps éclair, ce qui ne manquait pas de me mettre une formidable pression. »

Mais Nicole n’a jamais comptabilisé ses efforts. « L’œil » rivé sur l’objectif, elle investit tout ce qui lui est nécessaire pour l’atteindre. Et c’est ce que confirme son frère Serge : Nicole est « d’abord et avant tout une battante. Le stress est omniprésent, mais Nicole l’accepte parce qu’elle a des objectifs supérieurs ». Ce travail acharné lui vaudra une licence d’enseignement en piano de l’École normale de musique de Paris.

Ce séjour d’études de trois ans s’est avéré une expérience très enrichissante à plusieurs niveaux pour cette jeune femme aveugle du Québec qui, à peine sortie de l’Institut Nazareth, a eu la chance, le courage et l’audace de traverser seule l’Atlantique pour la première fois afin de se perfectionner.

De Paris à Chicoutimi

Nicole rente au Québec en juillet 1968 et s’installe un mois plus tard à Chicoutimi où elle a obtenu un poste de professeure au Conservatoire de musique du Québec. Le contraste est brutal, mais c’est son premier poste permanent. Quelle chance !

Habituée à se débrouiller et à travailler sans compter en l’absence de services et soutien spécialisés, elle transcrit à la main en braille tout le matériel pédagogique nécessaire et non disponible en média substitut. Elle se constitue une équipe de lecteurs pour procéder à la correction des travaux des élèves de même qu’à la rédaction des bulletins et rapports à produire régulièrement. Une fois de plus, c’est l’objectif qui règle sa vie.

Elle a du plaisir à se trouver devant des étudiants très désireux d’apprendre la musique et qui lui accordent leur confiance. Elle ajoute à son activité pédagogique au Conservatoire l’enseignement individuel du piano dans une école privée.

Elle enseigne et vit à Chicoutimi jusqu’en 1974 où elle est amenée à démissionner. Pourquoi quitter un emploi pour lequel elle avait tant étudié et qu’elle adorait? C’est que le climat de travail s’est passablement détérioré et qu’on lui refuse un déplacement dans un autre conservatoire de musique du Québec. L’aventure chicoutimienne laissera des traces. Nicole gardera longtemps ce sentiment tenace d’une véritable « fracture » dans sa vie professionnelle.

Nouveau départ

Une fois revenue à Saint-Lambert, elle peine à trouver du travail dans son domaine. Tout en inondant les maisons d’enseignement de demandes d’emploi, elle s’investit dans l’écriture de son mémoire de 2ième cycle et commence à enseigner le piano en studio privé, ce qu’elle fera pendant plus de vingt ans.

Un peu plus tard, elle accepte un poste de professeure de musique à temps plein à la commission scolaire régionale de Chambly, un employeur qu’elle quittera officiellement en 2002 et qui lui donnera pas mal de fil à retordre. L’idée d’enseigner à des élèves du secondaire ne l’enchante pas du tout. Elle rêve d’enseigner la musique à l’université, ce qui ne se concrétisera jamais. Mais il faut bien gagner sa vie, même dans des conditions difficiles, si l’on veut être autonome financièrement, et Nicole tient mordicus à assurer son indépendance en cette matière.

Oui, les conditions de travail sont difficiles au secondaire si l’on se fie à ce qu’elle raconte à une journaliste du Devoir en 1985 : « Je l’ai fait sans aucune aide technique de l’employeur et en m’organisant par moi-même pour satisfaire aux exigences du travail : matériel didactique, correction, bulletins, sans parler des aspects proprement pédagogiques et éducatifs2 ».

Retour aux études : doctorat

Pas assez qualifiée avec un baccalauréat, deux licences et une expérience pédagogique ? Qu’à cela ne tienne, elle ira chercher un doctorat ! Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle a de l’énergie à revendre. Tout en enseignant à l’école secondaire et en studio privé, elle décide de maximiser ses chances d’enseigner un jour à l’université et n’entreprend rien de moins que des études de doctorat à l’Université de Montréal avec, pour sujet, l’éducation musicale comparée. Elle doit encore se débrouiller dans un milieu où les étudiants handicapés ne disposent pas d’encadrement et d’outils adaptés.

Florence Blouin, qui l’a connue à ce moment-là, raconte :

« Nous étions toutes deux inscrites à l’Université de Montréal et j’entendais tout près de moi un petit cliquetis : Nicole qui prenait des notes sur sa tablette braille. Après le cours, je lui ai offert mon aide pour l’enregistrement (sur ruban!) ou la traduction des documents dont elle aurait besoin pour la rédaction de sa thèse ».

Avec l’aide de très nombreuses personnes qui croient en elle et lui consacrent beaucoup de temps, Nicole dépose sa thèse de presque 1000 pages en avril 1982. Elle a alors le sentiment d’être arrivée au bout de son souffle dans ce projet et redoute qu’on exige d’elle des retouches pour accéder à la soutenance. Quel soulagement en décembre quand on l’informe que sa thèse est acceptée sans correction et que la soutenance aura lieu en janvier! Elle franchit donc avec succès cette dernière épreuve, ce qui lui vaudra son diplôme de Philosophia Doctor (Ph.D.) qu’elle recevra des mains du recteur lors de la collation des grades en mai 1983. Elle est alors la première femme aveugle à obtenir ce grade universitaire.

En dépit de son doctorat, Nicole ne parviendra pas à réaliser son rêve, mais ne regrette rien. Selon elle, mener à terme un travail aussi imposant et exigeant lui a donné une rigueur intellectuelle qui lui servira quoi qu’elle fasse désormais. C’est un acquis que personne ne peut lui disputer.

Une fois retraitée, Nicole, qui n’est pas du genre à raconter ses misères, avouera néanmoins être déçue que des gens puissent s’ingénier à mettre des bâtons dans les roues d’une personne aveugle, à croire qu’ils se sentent menacés par le mal qu’elle se donne pour se tailler une juste place dans le monde du travail. « Les gens, dira-t-elle avec un brin d’amertume dans la voix, ne veulent pas s’encombrer d’une personne non voyante. »

Une décision difficile à prendre

La normalisation du braille

C’est à ce moment-là dans sa vie que Paul-Henri Buteau, conseiller pédagogique au ministère de l’Éducation, vérifie auprès d’elle son intérêt à assumer la responsabilité de la direction du projet de normalisation du braille. Cette démarche la rend d’abord perplexe. Est-ce qu’elle aura fait tout ce chemin — pensons seulement aux trois années passées à Paris — pour en revenir au braille qui a toujours été pour elle un formidable outil mais jamais un objet d’étude? Elle relève quand même le défi et se lance dans une nouvelle aventure avec ce souci de bien faire qui la caractérise et la rigueur renforcée durant ses études doctorales.

Code de transcription de l’imprimé en braille

Ce projet de normalisation du braille va faire d’elle la fière responsable de la présentation du dossier des normes auprès des répondants de la francophonie lors d’une mission en France. Elle est chargée de la rédaction de la version définitive du premier tome du Code de transcription de l’imprimé en braille3. La première édition de cet ouvrage date de 1989 et la seconde, de 1996.

Recherche à l’UQAM

De 1990 à 2005, nous la retrouvons à l’Université du Québec à Montréal où, comme membre d’un groupe multidisciplinaire de recherche, elle travaille sur la normalisation du braille et du graphisme tactile, participe à des congrès internationaux en Amérique et en Europe et publie plusieurs articles.

Dans le contexte de l’intégration des non-voyants à l’école, la présence de l’image dans les manuels scolaires constitue un défi extraordinaire pour la transcription. Ici se situe l’étape de l’analyse de l’image visuelle dans les manuels approuvés par le ministère de l’Éducation du Québec et en usage dans les écoles primaires et secondaires. Pour Nicole, cette étape de la recherche, dans la perspective d’une normalisation du graphisme tactile, soulève la question fondamentale de la perception visuelle par rapport à la perception tactile. Avant d’en arriver à la normalisation, il faut comprendre la problématique. Ce champ de recherche est relativement peu exploré même au niveau international.

De 2006 à 2008, Nicole poursuit son travail de recherche sur l’analyse de l’image conjointement avec des chercheurs des universités de Montréal et de McGill. Des problèmes de financement la mèneront vers la retraite professionnelle.

Bien qu’éloigné de la musique ce type de recherche n’en est pas moins pour Nicole très stimulant sur le plan intellectuel. Elle se sent à l’aise dans cet univers de l’image puisque celle-ci l’a toujours habitée et qu’elle a sans cesse eu besoin de l’intérioriser. Elle parle de l’importance « de meubler sa bibliothèque mentale ». Elle affirme avoir une « pensée visuelle », elle pense en images pour se les approprier. La non-voyance ne donne pas directement accès aux images, certes, mais elle n’interdit pas de les retenir, de les cultiver et de les construire4. Elle pense à ce qu’elle recueille ici et là plutôt qu’à ce qui lui manque, car elle éprouve, héritage paternel, un besoin insatiable de contacts avec la vie.

Nicole est membre d’associations culturelles et professionnelles, ce qui l’amène à rencontrer des gens qui ont les mêmes intérêts. Elle ressent donc plus que jamais cette nécessité d’apprendre au contact des autres.

Récompenses

Parmi les nombreuses récompenses qu’elle a reçues, il y en a une qui a dû lui faire particulièrement plaisir. En 1994, elle est lauréate d’un bronze portant l’inscription suivante : « Nicole Trudeau, en hommage à la contribution au développement de la culture musicale », et ce bronze lui est remis par le père Fernand Lindsay au nom de la direction du Festival de musique de Saint-Lambert.

Et ce besoin d’apprendre, insatiable comme nous l’avons montré, déborde largement du cadre de ses études. Si nous nous arrêtons à ce que Nicole appelle « formations complémentaires », nous y trouvons aussi bien un certificat d’études en langue allemande et des équivalents en langue anglaise en passant par un cours d’initiation au micro-ordinateur et… un cours d’initiation à la bourse dispensé par la Bourse de Montréal ! Et la liste s’allonge encore avec des formations pour la dégustation du vin, etc., et un investissement soutenu dans l’univers des nouvelles technologies depuis que ces dernières ont commencé à être accessibles aux non-voyants.

Si l’on consulte la section « Activités paraprofessionnelles » de son curriculum vitae, on y trouve des conférences audiovisuelles qu’elle présente sur la musique et la peinture, entre autres.

Tout cela peut surprendre mais, si l’on se penche sur le parcours de Nicole, tout s’explique encore une fois par une curiosité jamais assouvie, un esprit en constante ébullition. Depuis l’enfance, la règle est la même : ne rien s’interdire parce qu’on a un handicap. Le monde est là, foisonnant, et c’est à nous d’aller y chercher ce qui nous attire, quitte à ébranler quelques préjugés. Selon son frère Serge, Nicole se projette toujours vers l’avant, vers un nouvel objectif à atteindre.

Retraite active

Maintenant retraitée, Nicole croit avoir fait tout ce qu’elle a pu pour aller là où elle le voulait. Elle s’est heurtée certes à quelques écueils, mais qui n’en a pas dans une vie aussi bien remplie ? Il y a toujours eu chez elle ce refus de la marginalisation, joint à un désir tenace de faire reculer ses limites personnelles. On s’étonne qu’elle ait trouvé le temps de s’impliquer dans différents organismes communautaires. Elle le fait encore à l’occasion, par exemple à l’Association des sports pour aveugles de Montréal (ASAM). Venue tardivement au sport, elle s’y consacre avec… détermination, un vocable qui lui va décidément bien.

Elle aime la mode, aller au restaurant, faire la cuisine, recevoir, voyager et lire, en braille surtout.

La musique fait toujours partie de la vie de Nicole. On la rencontre très régulièrement dans les salles de concert de Montréal. Comme tout l’intéresse, elle va aussi au cinéma, au théâtre et aux musées – dont le Musée des Beaux Arts de Montréal. Florence Blouin témoigne :

« Bien avant la mise en place des mesures de soutien aux non-voyants, nos visites au musée avaient un caractère audacieux. Heureusement que Nicole ne voyait pas l’œil soucieux du gardien qui craignait qu’elle ose toucher une toile, une statue ! D’ailleurs, c’est grâce aux demandes répétées de Nicole et des autres non-voyants que l’institution offre maintenant des visites particulières aux personnes aveugles. »

Laissons-lui les mots de la fin qui, bien que rédigés en 1986, conservent encore toute leur pertinence :

« Cette détermination fondamentale, d’abord liée au tempérament et à la personnalité, habite le cœur, la tête et le corps d’une femme aveugle, oui, mais refusant systématiquement de n’être considérée que sous l’angle de son handicap5 ».

Notes

  1. « Quelques réflexions sur mon vécu »dans Les amis de la banque d’yeux du Québec, volume 6, numéro 1, avril 1986, page 5.
  2. Rowan, Renée, « Nicole Trudeau dénonce cette cécité qu’est la discrimination», dans Le Devoir, 28 février 1985.
  3. Le texte est disponible à l’adresse Internet suivante : www.mels.gouv.qc.ca/sections/publications/…/Code_litteraire.pdf.
  4. On pourra à ce sujet explorer le très intéressant site Internet de Nicole Trudeau :
  5. « Quelques réflexions sur mon vécu », dans Les amis de la banque d’yeux du Québec, volume 6, numéro 1, avril 1986, page 6.

Attention !

En terminant cette biographie, nous vous offrons une galerie de photos. Elle s’adresse aux parfaits voyants, aux semi-voyants, aux personnes conservant une vision modeste et aux aveugles. Il est un peu complexe de concevoir une galerie de photos pour une telle démographie. Voici donc le mode d’emploi :

Si vous avez l’usage de la vue et que vous utilisez une souris, il vous suffit de cliquer sur une photo, et alors, la galerie sera remplacée par une diapo grande format, où les photos se succéderont au rythme d’environ 5 secondes. Pour revenir à la galerie, cliquez sur l’icône X, en haut à droite.

Si vous disposez d’une vision modeste, si vous utilisez JAWS, si peut-être vous souhaitez faire une présentation à des amis voyants, alors suivez les consignes qui suivent. Chaque photo est agrémentée d’un LIEN GRAPHIQUE, visible et audible uniquement par les utilisateurs de JAWS. Faites ENTER sur ce LIEN GRAPHIQUE, et alors, la galerie sera remplacée par une diapo grande format, où les photos se succéderont au rythme d’environ 5 secondes. Pour revenir à la galerie, appuyez sur ÉCHAPPE.

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