BERGERON, JEAN-BENOÎT, ou Une volonté à toute épreuve

Portrait de Jean-Benoît Bergeron.
Portrait de Jean-Benoît Bergeron.

« On dit que l’adolescence c’est l’âge bête. C’est vrai que c’est à ce moment-là que les parents ne comprennent plus rien »

(Patrick Sébastien).

Et si nous débutions par un compliment? Jean-Benoît Bergeron

« est un élève qui suscite beaucoup d’admiration tant par son cheminement scolaire que sportif »,
écrit Charles-André Labbé, personne-ressource en déficience visuelle pour la région de Montréal. Voilà, semble-t-il, un « sujet inspirant » pour notre projet de biographies. Âgé de 17 ans en juin 2016, ce jeune homme termine sa quatrième année du secondaire.

Perte de vision

Jean-Benoît naît le 6 mai 1999, dernier rejeton d’une famille qui comptera trois garçons. Il a 10 ans et est en cinquième année quand il commence à avoir du mal à lire au tableau et distinguer les objets. L’optométriste qui l’examine à ce moment-là ne trouve rien d’anormal et le soupçonne même de jouer la comédie! Le problème est pourtant bien réel. En quelques mois seulement, Jean-Benoît perd 85 % de sa vision. Un spécialiste identifie la maladie et parle d’atrophie optique. Le jeune garçon est désormais handicapé de la vue.

Une vie chamboulée

« Le plus difficile pour moi, dit Jean-Benoît, a été de ne plus pouvoir faire certaines choses simples, de perdre en autonomie. »

Au printemps 2010, s’il peut encore se déplacer sans trop de difficulté, il lit surtout avec une loupe, reconnaît de moins en moins les gens et ne voit plus au loin. Il réussit pourtant son année scolaire et, à l’automne suivant, fréquente toujours la même école. Il reçoit cependant un coup de pouce du centre de réadaptation MAB/Mackay qui lui offre deux télévisionneuses, des livres en gros caractères et une canne blanche.

Une école spécialisée

Son handicap force Jean-Benoît à changer temporairement d’école. En janvier 2011, il se retrouve ainsi à l’école Jacques-Ouellette de Longueuil qui accueille des élèves vivant avec une déficience visuelle. Il y finira sa sixième année et y fera sa première année du secondaire. Chaque jour de la semaine, il fait en transport adapté l’aller-retour entre Kirkland et Longueuil, et ce, à l’heure de pointe; il n’en garde pas un très bon souvenir.

« Ma nouvelle école, raconte-t-il, se trouvait loin de chez moi et je perdais beaucoup de temps pour m’y rendre. Ça n’a pas été une période facile. »

C’est à l’école Jacques-Ouellette que Jean-Benoît découvre le braille. Il surprend les enseignants par la vitesse à laquelle il parvient à le maîtriser, que ce soit pour le lire ou l’écrire. Il commence aussi à utiliser un ordinateur adapté. Il a décidé de relever le défi que constituent pour lui ces nouveaux apprentissages. Dans un article de Forces Avenir, dont il sera question plus loin, nous trouvons cette phrase qui traduit bien la volonté de réussir de Jean-Benoît:

« Ceux qui croyaient qu’il allait prendre un certain temps pour s’acclimater le connaissaient bien mal ».

École Saint-Georges

Après l’école Jacques-Ouellette, Jean-Benoît revient au secteur régulier et entame en septembre 2013 la deuxième année du secondaire à l’école Saint-Georges de Senneville, située à une dizaine de kilomètres de chez lui. Avec ses 600 élèves, la bâtisse est de proportions assez modestes, ce qui facilite les déplacements de Jean-Benoît. Résultat: « aucun moyen de se perdre », dit-il. Avec un intervenant, il avait d’ailleurs exploré l’école avant le début des classes.

Excellence100limites

Les choses se déroulent si bien pour Jean-Benoît que, à peine un an après son arrivée à l’école Saint-Georges, il est accepté dans le programme Excellence100limites. Celui-ci, peut-on lire dans une publicité de l’école,

« s’adresse aux élèves doués académiquement qui ont le goût du dépassement de soi et qui ont de bonnes habitudes de travail ».

Le programme

« offre une éducation de qualité tout en développant le sens critique, la méthodologie et l’engagement communautaire ».

« Ma plus grande fierté, déclare le principal intéressé, est assurément d’avoir été admis au programme Excellence100limites. Avec des efforts, je suis parvenu à rattraper mon retard, et j’en suis très fier. »

Cette persévérance dont fait preuve Jean-Benoît est récompensée lors du gala Forces Avenir qui se tient au Capitole de Québec en février 2015. Le jeune homme est honoré dans la catégorie « Lauréat de la semaine ».

La vie à Saint-Georges

Jean-Benoît reçoit un accueil sympathique des enseignants qui se disent prêts à adapter leur cours. À l’instar de Sunobar Asifi (voir sa biographie), il peut compter sur l’appui d’une technicienne en éducation spécialisée. Il y aura d’abord Vanessa et, depuis 2014, Sarah qui, détail non négligeable, connaît le braille.

« Ce n’est jamais facile, témoigne Sarah, d’arriver dans une nouvelle école, mais Jean-Benoît l’a fait d’une façon remarquable. Il s’est adapté et a rapidement tissé des liens avec ses camarades de classe. »

Sarah veille à ce que Jean-Benoît ait les manuels scolaires en braille juste à temps pour le début des cours. Une autre chose lui facilite la vie: les tableaux blancs interactifs que lui fournissent les enseignants et qu’il peut lire à son ordinateur muni d’une synthèse vocale. Il aime les mathématiques, les sciences et l’histoire. Connaissant bien l’école, il peut s’y promener sans sa canne, bien content que sa mobilité ne soit pas trop affectée par son handicap.

Engagement communautaire

Parce qu’il est exempté d’apprendre une troisième langue, il lui arrive de disposer d’un peu de temps libre. Aussi aide-t-il parfois les employés de l’école à effectuer certaines tâches. C’est ainsi qu’il a déjà assisté l’enseignant d’éducation physique dans la réparation du matériel sportif. À l’heure du dîner ou à l’occasion pendant les cours, il exerce également une sorte de tutorat avec des élèves de sa classe à qui il donne un coup de pouce lors de la préparation des examens.

Le sport

Lui qui n’avait jamais fait de ski alpin avant de perdre la vue s’y adonne dès l’hiver 2011 dans les Laurentides, et ce, avec la Fondation des Aveugles du Québec (FAQ). L’activité se déroule de façon sécuritaire avec des guides qui sont tous de très bons skieurs. Jean-Benoît ignorait alors que le ski alpin allait devenir une véritable passion. À l’hiver 2015, il participe à une compétition au mont Sainte-Anne, près de Québec. Sa participation est saluée par la Canadian Association for Disabled Skiing (CADS) dans la catégorie « Déficience visuelle ». Chaque année, cette association rend hommage aux membres et bénévoles qui contribuent à la promotion et au développement du ski chez les personnes vivant en situation de handicap au Canada. Jean-Benoît rêve de skier un jour dans les Rocheuses.

Il pratique aussi le jogging et est membre du club de l’école Saint-Georges. Avec l’aide d’un accompagnateur mais sans tenir ce dernier, il participe aux entraînements du groupe et à des compétitions contre d’autres écoles.

Par ailleurs, ce jeune handicapé de la vue réussit en deux minutes à résoudre l’énigme du fameux Cube Rubik, ce casse-tête géométrique à trois dimensions. On raconte même qu’il a appris à jongler! »

Et demain?

Une fois rendu au cégep, Jean-Benoît devrait aller du côté des sciences de la nature. Lors de l’entrevue, il avoue ne pas savoir du tout quel métier il aimerait pratiquer plus tard. N’ayons aucune inquiétude à ce sujet, car il a une volonté à toute épreuve.

« Dans ma condition, affirme-t-il, j’ai dû mettre des rêves de côté, comme celui de devenir architecte, mais j’en ai plein d’autres et je vais les réaliser. »

Skier dans les Rocheuses, nous l’avons dit, en est un.

Attention !

En terminant cette biographie, nous vous offrons une galerie de photos. Elle s’adresse aux parfaits voyants, aux semi-voyants, aux personnes conservant une vision modeste et aux aveugles. Il est un peu complexe de concevoir une galerie de photos pour une telle démographie. Voici donc le mode d’emploi :

Si vous avez l’usage de la vue et que vous utilisez une souris, il vous suffit de cliquer sur une photo, et alors, la galerie sera remplacée par une diapo grande format, où les photos se succéderont au rythme d’environ 5 secondes. Pour revenir à la galerie, cliquez sur l’icône X, en haut à droite.

Si vous disposez d’une vision modeste, si vous utilisez JAWS, si peut-être vous souhaitez faire une présentation à des amis voyants, alors suivez les consignes qui suivent. Chaque photo est agrémentée d’un LIEN GRAPHIQUE, visible et audible uniquement par les utilisateurs de JAWS. Faites ENTER sur ce LIEN GRAPHIQUE, et alors, la galerie sera remplacée par une diapo grande format, où les photos se succéderont au rythme d’environ 5 secondes. Pour revenir à la galerie, appuyez sur ÉCHAPPE.

Bon visionnement !

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