Position en matière d’aménagement des trottoirs et des bateaux pavés

Source : Regroupement des aveugles et amblyopes du Québec et Regroupement des personnes handicapées visuelles (régions 03-12), 8 novembre 2011

Délai raisonnable

Nous avons reçu, le 18 août 2011, un avis de consultation du MTQ, qui cherchait à connaître notre avis en matière de bateaux pavés, à l’occasion de la révision de la norme sur les trottoirs. D’entrée de jeu, nous tenons à souligner à quel point nous apprécions que le MTQ ait pris soin de consulter le milieu associatif des personnes handicapées, indiquant ainsi son intention de prendre en compte l’opinion des principaux intéressés. Il nous semble qu’il s’agit là d’une pratique noble, qu’il serait souhaitable de transformer en procédure courante à l’avenir.

L’avis de consultation, malheureusement, nous donnait un délai très court, 33 jours, jusqu’au 20 septembre. Nous sommes ici dans un domaine qui affectera sérieusement le quotidien des personnes handicapées, d’où la nécessité, pour les associations du milieu, de prendre le temps requis pour accomplir un bon travail. Vous comprendrez que nous devions faire appel à nos membres, nos instances et nos partenaires, ce qui est particulièrement complexe pour le RAAQ, dont les administrateurs et autres mandataires proviennent d’un peu partout au Québec et ne se réunissent pas très souvent, ne serait-ce que pour des raisons budgétaires. Nous sommes heureux que vous ayez accepté de prolonger le délai jusqu’au 10 novembre, mais c’est encore trop court et cela nous contraint à improviser un peu, à négliger certains aspects et à rester vagues sur certains autres, alors qu’en matière de trottoirs et de bateaux pavés, les enjeux sont importants pour nous.

Objet de la consultation

Le MTQ nous informe qu’il révise actuellement la norme sur les trottoirs, mais ne nous consulte que sur les bateaux pavés. Nous prenons donc l’initiative, dans la présente position, de faire quelques observations relatives aux trottoirs en général, entendu que nous ne connaissons pas très bien le partage de juridiction entre le MTQ et les autorités municipales.

Consultation approfondie

En quelques occasions, dans la présente position, nous indiquerons qu’il y aurait lieu d’expérimenter davantage ou d’approfondir un certain aspect. Cependant, nous croyons qu’un tel exercice est nécessaire pour l’ensemble des questions relatives à l’aménagement des trottoirs, même là où nous ne le précisons pas. Bref, nous recommandons une seconde consultation, ou mieux, un prolongement de la présente, aux fins d’approfondissement et d’expérimentation.

Démarche du RPHV (régions 03-12)

Le RPHV (régions 03-12) a pris l’initiative d’une démarche minutieuse, qui fait la fierté du RAAQ. Pour donner suite à l’avis de consultation du MTQ et pour vérifier dans quelle mesure la nouvelle norme, ou l’ancienne, répondrait, ou répondait, aux besoins des personnes handicapées visuellement ou ayant une déficience motrice, le RPHV (région 03-12) a procédé de la façon suivante :

  • Mener des échanges avec nos partenaires du milieu communautaire, afin de comprendre les caractéristiques de la norme;
  • Définir les besoins des personnes handicapées visuellement quant à un déplacement sur un trottoir et à l’approche d’un bateau pavé;
  • Contacter la Ville de Québec pour savoir à quel endroit on retrouve des trottoirs construits à la norme, pour y faire une expérimentation terrain;
  • Organiser un « focus group », composé de six personnes handicapées, cinq handicapés visuels, utilisateurs d’une canne blanche, et un handicapé moteur, en fauteuil roulant.

L’expérimentation a eu lieu sur la rue Saint-Joseph à Québec et a permis de faire certains constats, qui apparaissent un peu partout dans la présente position.

Bordure inférieure

La bordure inférieure d’un bateau pavé, celle qui jouxte la chaussée, lorsqu’elle est à l’ancienne norme, se révèle pratiquement indétectable, surtout si elle est biseautée. Dans tous les cas, elle se confond avec les irrégularités du trottoir et de la chaussée. L’expérimentation conduite par le RPHV (régions 03-12) nous apprend aussi que la nouvelle norme, proposant 13 millimètres, doit être vue comme un strict minimum. Nous recommandons une bordure inférieure s’élevant à 20 millimètres, sans arrondi ni biseau significatif.

Quant au seuil de 5 millimètres, proposé par la nouvelle norme, lorsqu’un bateau pavé est à la rencontre d’une piste cyclable, il est totalement insuffisant, pour des raisons déjà exposées. Sur ce point nous recommandons que le seuil de ces bateaux pavés réponde à la norme générale.

Réserve

L’expérimentation du RPHV (régions 03-12), de même que des consultations auprès de quelques associations de personnes ayant une déficience motrice, utilisant un fauteuil roulant, nous révèle que l’arrondi ou biseau ne leur est pas très utile, de leur propre avis. Toutefois, la brièveté de la consultation du MTQ n’a pas permis, ni au RAAQ, ni au RPHV (régions 03-12), d’avoir suffisamment de contacts pour garantir que nous ayons le vrai pouls des personnes ayant une déficience motrice.

S’il devait s’avérer qu’un arrondi ou un biseau soit hélas nécessaire, alors il ne devrait en aucun cas s’appliquer à l’entièreté de la bordure inférieure d’un bateau pavé, mais à au plus la moitié, laissant l’autre moitié verticale.

Stries et dalles podotactiles

La nouvelle norme propose l’abandon des stries sur les bateaux pavés. À ce chapitre, il nous semble qu’effectivement, ces stries n’apportent rien de particulier aux personnes handicapées visuellement. Nous ne savons pas si elles ont une utilité quelconque pour nos collègues en fauteuil roulant.

Nous recommandons qu’une expérimentation soit menée avec des dalles podotactiles. Nous savons que l’Institut Nazareth et Louis-Braille a procédé à une expérimentation, qui ne fut pas concluante, en grande partie en raison des matériaux disponibles. Cependant, nous croyons savoir qu’ailleurs, notamment en Norvège, des dalles podotactiles ont été installées avec succès et rendent de grands services aux personnes handicapées visuellement. Bien sûr, nous recommandons du même souffle que l’expérimentation soit menée avec de vrais citoyens handicapés visuellement ou en fauteuil roulant.

Pente

Une caractéristique importante, permettant la détection d’un bateau pavé, est sa pente. Certaines pentes sont si faibles que, parfois, il s’avère difficile de savoir s’il s’agit réellement d’un bateau pavé, ou encore, d’une entrée charretière ou d’une simple dénivellation. Compte tenu du délai trop court, il n’a pas été possible d’identifier, par expérimentation, un degré précis ou un intervalle de degrés. Nous n’avons donc pas de pente standard à proposer. Nous recommandons que la nouvelle norme encadre la pente des bateaux pavés. Nous recommandons aussi qu’une expérimentation soit conduite, pour définir la norme.

Trottoirs plats

Il est souhaitable que les trottoirs soient plats et sans irrégularités abruptes, dans toute la mesure du possible. Non seulement cela évite aux personnes handicapées visuellement de trébucher, mais cela permet d’utiliser efficacement une canne blanche, sans qu’elle ne s’accroche à répétition dans la topographie quelquefois impressionnante de certains trottoirs, mal entretenus, ou tout simplement, mal façonnés dès leur origine. Nous recommandons que la norme fasse la promotion de trottoirs plats et sans irrégularités abruptes.

Par ailleurs, les nombreux joints qu’on retrouve sur les trottoirs constituent également un irritant lors de nos déplacements. Ces joints constituent des entraves qui, là encore, nuisent aux mouvements qu’effectuent les personnes handicapées visuellement avec leur canne blanche. Nous savons que certains de ces joints sont nécessaires, les joints de dilatation par exemple. Cependant, nous recommandons d’abandonner les joints qui ne sont qu’esthétiques.

Arrondi des coins

Il arrive souvent qu’un bateau pavé tombe dans l’arrondi d’un coin de rue. Cette configuration occasionne fréquemment aux personnes handicapées visuellement une difficulté d’orientation, en ce qu’elles ont tendance, dans ces circonstances, à perdre la ligne droite indispensable pour atteindre le coin de rue d’en face. Il serait souhaitable que les bateaux pavés soient toujours aménagés hors arrondi.

Nous sommes convaincus que la solution à ce problème est très complexe, car elle implique notamment le corridor piétonnier qui traverse la rue et joint les deux bateaux pavés face à face. Il faut aussi tenir compte du sentier dégagé d’un trottoir, qui a intérêt à se trouver aligné sur le bateau pavé. Nous n’avons pas de solution miracle à ce problème, mais comme le MTQ compte un grand nombre d’ingénieurs talentueux, nous nous sentons en confiance.

Sentier dégagé

Les trottoirs sont souvent très encombrés. Forêt de poteaux, affiches temporaires, bancs,pots à fleurs, boîtes à lettres, poubelles publiques ou privées, végétation débordant sur le trottoir, terrasses empiétant sur le trottoir, etc. sans compter les innombrables vélos, attachés n’importe où et n’importe comment, tous ces obstacles obligent les piétons à pratiquer un slalum olympique. Passe encore si le piéton voit clair, mais s’il est aveugle ou même amblyope, alors l’exercice devient dangereux pour les blessures. Nous recommandons, sur les trottoirs, lorsque faire se peut, un sentier dégagé d’une largeur de 1,5 mètre et d’une hauteur de 2 mètres.

Le RAAQ et le RPHV (régions 03-12) vous remercient de votre attention.